Camps d'initiation (12-16 ans)
Eh bien, je ne sais pas si je suis la personne la mieux placée pour en parler, mais je dois bien vous dire que depuis les nombreuses années vécues juste à côté de cette bâtisse, c’est bien la première fois qu’il m’a été donné de voir un tel événement. Et à la réflexion, je pourrais vous en raconter des choses!
Bon, bon, j’avoue : quand je les ai tous vus arriver le premier jour, j’ai eu un peu peur. Mais, comprenez-moi : une trentaine de jeunes pleins d’énergie qui débarquent avec armes et bagages-enfin, plutôt avec vélos et bagages, des mines réjouies ou timides, il y avait de quoi s’inquiéter. Et le comble, c’est qu’ils ne daignaient même pas lever les yeux vers moi. Bref, voilà ma douce tranquillité qui était troublée.
Le lendemain, je les ai vus tôt le matin enfourcher leur vélo, les gourdes pleines d’eau, un sac bien rempli sur le dos et les jumelles en bandoulière. Soudain ils sont partis par petits groupes, dans toutes les directions, et je ne les ai plus revus de la journée. Mais, alors que mon ombre s’allongeait dans la prairie, ils sont revenus petit à petit. Certains avaient l’air fatigués, d’autres n’étaient plus très propres, d’autres encore avaient l’air très réjouis, mais un je-ne-sais-quoi avait changé dans le regard de chacun. Ils ont levé curieusement les yeux vers moi. Apres avoir déposé leur vélo, ils sont venus s’asseoir près de moi pour se raconter leur journée. Au début j’ai fait l’indifférent, mais, peu à peu, je me suis penché imperceptiblement et j’ai écouté de plus en plus intéressé.

Un petit groupe d’adolescents a raconté comment ils avaient observé aux jumelles pendant une demi-heure deux milans qui volaient juste au-dessus d’eux, deux rapaces qui planaient majestueusement jusqu’à n’être plus que deux petits points noirs tout là-haut dans le ciel.
Quelques-uns ont expliqué qu’ils étaient arrivés jusqu’à un étang gigantesque où ils avaient attrapé des demoiselles et des libellules à l’aide de filets pour les identifier avec des livres ; d’ailleurs l’un d’eux a expliqué aux autres, en faisant de grands gestes désordonnés, comment différencier demoiselles et libellules.
D’autres ont raconté qu’après une grande montée à vélo, ils avaient atteint une grande pelouse sèche où les criquets stridulaient à qui mieux-mieux et sautaient à tout va. Mais, alors qu’ils pensaient courir dans tous les sens en espérant en capturer l’un ou l’autre, ils s’étaient simplement assis dans les herbes et avaient tendu l’oreille. Ils avaient ainsi pu découvrir les plus infimes variations de leurs chants qui indiquent à quelles espèces ils appartiennent.
Et d’observations en découvertes, j’écoutais, de plus en plus passionné. Le soir, chaudement habillés, certains sont repartis furtivement pour se mettre à l’affût devant le terrier d’un blaireau. Alors qu’ils étaient assis adossés à de jeunes hêtres en essayant de bouger le moins possible, une chouette a hululé sans discontinuer quelques mètres au-dessus de leur tête. Je ne sais pas s’ils ont vu le blaireau mais maintenant en tout cas, ils savent imiter le chant de la chouette!
Ainsi se sont déroulés ces 10 jours au rythme des observations d’insectes, de rencontres inattendues avec un renard au détour d’un chemin, de découvertes des fleurs sauvages sans oublier les baignades dans les rivières, les siestes, les jeux ou les veillées autour du feu.
C’est peu dire qu’elles ont changé mon quotidien, ces jeunes pousses, avec leurs histoires passionnantes et quand j’y repense, je suis un peu nostalgique. Mais après tout c’est bien normal pour un vieil arbre comme moi. Et j’espère que moi aussi j’ai pu, d’une façon infime, changer leur quotidien. D’ailleurs, maintenant, ils savent quel est mon nom. Quand un parent a demandé le jour du retour : “tiens, quel est donc cet arbre?”, directement un enfant atterré de répondre : “mais c’est un chêne, voyons !“
Participer à un camp Jeunes et Nature, c’est partir à l’AVENTURE!

